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 Le marchand de sable n'aime pas les pierres

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Myssili

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MessageSujet: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeMar 17 Jan - 22:24

[C'est sans avoir marché sur une carcasse que les deux énergumènes vont à l'auberge.]

Alors que Nialcen la dévisageait encore, c'est à dire pas plus que de coutume, Myssili réfléchissait à la manière dont elle s'était présentée. Le vieil homme la regardait comme s'il pesait le pour et le contre entre l'enterrer tout de suite, et la supporter encore un peu. Elle conclu donc qu'elle avait fait trop, et jeta par delà sa cervelle les quelques rudiments de bienséance que ses parents avaient bien voulu lui apprendre. Il fallait croire qu'elle n'en aurait point usage en ces terres, aussi ne devait-elle pas s'égarer en connaissances inutiles. Cette résolution prise, elle écouta le fossoyeur lui cracher confier qu'étant à peine arrivé, il n'en savait pas plus qu'elle.

- D'accord, je comprends.

Elle avait pensé que les Hommes partageaient parfois entre eux les noms de quelques lieux pratiques avant de naviguer. Mais Nialcen ne semblait pas du genre à partager des noms, et pas grand chose d'autre non plus. Mais comme il aimait bien être en contact avec ses semblables, il s'empressa aussitôt d'attraper un passant rondouillet pour lui demander quelques menues informations concernant les hôtels du coin. Le drôle en était tout perturbé, mal-à-l'aise devant ces deux individus louches dont l'un se montrait particulièrement affable, aussi s’exécuta-t-il bien vite avant de détaler la queue entre les jambes (enfin, elle l'aurait bien vu s’exécuter ainsi s'il avait été un Tiefling à queue). Le fossoyeur s'adressa alors à elle, évoquant quelque chose comme une crèche dans laquelle il allait tourner en faisant la course. C'était curieux, mais il sembla à Myssili que c'était là sa manière de lui indiquer qu'il allait lui aussi prendre une chambre (en fait, ce mot là était clairement ressorti). Elle s'empressa donc de lui emboîter le pas et le rejoignit assez rapidement, fusant quelques mètres avant de s'adapter à son rythme en guettant les alentours. L'enseigne d'une petite auberge ne tarda pas à apparaître au coin d'une rue.

C'était un de ces endroits sans trop de lumière, sinon celle du foyer, sans trop de monde, exceptées deux ombres dans leurs fauteuils, et sans trop de bruits, outre le violent claquement de la porte derrière Myssili. Elle sursauta, la poignée lui ayant échappé des mains, et rencontra le regard irrité du maître des lieux. C'était un humain probablement plus jeune que Nialcen, mais avec moins de poils, surtout sur le sommet du crâne. Elle s'approcha de lui pour négocier avant que le fossoyeur ne l'aborde (simple précaution), fouillant la petite bourse attachée à sa ceinture pour déposer sur le plan en bois une gemme rouge pas plus grande qu'une bille :

- Combien de temps peut-on rester ici avec ça ?

L'individu s'abaissa, prit consciencieusement la pierre entre ses doigts, l'observa, lorgna l'étrangère, et laissa tomber immédiatement sa sentence : 3 nuits. Il croisa les bras en lui redonnant sa pierre, fermé à toute réclamation. La Tiefling se dit qu'elle devait vraiment avoir l'air crédule pour qu'il brade ainsi ses biens dix fois leur valeur.

- Mais, on m'a assuré que je pouvais passer au moins une semaine avec !

L'homme ne voulait rien entendre. Il fit cependant mine de perdre patience, et lui concéda 4 nuits. Ce type ne devait vraiment pas aimer les gens qui claquent les portes. Myssili tourna son visage rouge-orangé de colère vers Nialcen, tentant un vain :

- On peut peut-être aller ailleurs ?


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Nialcen

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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeMer 18 Jan - 0:34

Myssili l'avait prestement rejoint, et c'est ensemble qu'il arrivèrent à l'auberge que devait avoir indiqué le badaud duquel il avait soutiré la direction. Lorsqu'il entrèrent, avant qu'il n'eut pu ouvrir la bouche pour manifester quelque avis que ce soit, la jeune Tiefling avait pris la parole. Elle sortit une pierre précieuse de ses affaires qu'elle essaya vainement de monnayer contre une semaine de location.

* 'On' ? * Le fossoyeur avait tiqué lorsque la jeune femme l'avait ainsi inclue dans son projet de location. Bon, il n'était absolument pas évident que telle avait été son intention, mais Nialcen n'était pas le type de personne qui cherchait à saisir le sens profonds des propos entendus. Pour son interprétation, ce 'on' était un 'nous'.

Et voilà le dilemme qui lui traversa l'esprit : soit il la supportait et ne se posait pas de questions coté finance, soit continuer sa route de son coté - certes libre et tranquille - mais il devrait faire face rapidement à divers problèmes d'ordre monétaire. Son bras nécessitait des soins et de l'entretient, et il n'avait absolument aucune envie de retourner traîner dans les rue de Clavinia. Il allait dormir ici se soir, nettoyer et soigner son bras.
Lorsque le tenancier annonça son tarif, Myssili sembla encline à changer d'auberge. Crénom ! Ce bonhomme aurait fait un bien mauvais joaillier, mais le fait qu'il tentait d'escroquer la jeune femme ne le préoccupait pas. Ce qui le préoccupait, par contre, c'était que la donzelle puisse préférer chercher un autre établissement. Cette idée contrariait sérieusement ses projets à très court terme, ce qui ne lui arrangeait pas l'humeur.

" Mouii ... On va faire ça : on s'arrache de cette turne et on s'trouve un gaillard qu'à envie de s'faire du blé ... " ajouta-t-il en se saisissant de la gemme de la main gauche. Il la fit passé sous le nez de l'aubergiste, pendant que simultanément, d'un geste maîtrisé du poignet de son bras valide, il relevait sèchement sa pelle. L'extrémité métallique vint se placer sous le nez du malhonnête, alors que le fossoyeur serrait dans son poing gauche la gemme et le col de l'homme.
Malgré la douleur et la sensation de frottement au niveau de son coude, il attira l'aubergiste sèchement. Ce dernier pu observer l’outil de près. De très près.

Nialcen approcha lentement son visage de celui de l'homme, le regardant comme l'on observe un chien qui aurait hurlé toute la nuit. " A moins qu'not' trèèès cher aubergiste s'décide à s'enl'ver la merde des yeux et nous sortir les clef d'sa plus belle piole fissa. Promis qu'on t'la gard'ra pas plus dix jours, et qu'j'irais pas gueuler au débarcadère qu'ton auberge vaut mieux l'éviter s'on vient d'poser l'pied ici ! " : son ton avait commencé doux et calme pour s'élever tout au long de sa phrase et s'achever en éclat sonore.

Il laissa un instant de silence s'écouler avant de reprendre, un sourire prédateur accroché à la bouche : " Ca s'rait bien dommage de s'priver d'autant d'bourses a vider, nan ? Pis tu peux m'croire mon gars, quand l'fossoyeur dit qui vaut mieux pas s'pointer que'que part, les gros bourges comme les pécores y z'y écoutent ! ". Il avait prononcé ces mots en rabaissant enfin sa pelle, lissant le col froissé de l'aubergiste. Il repris son expression renfrognée, et retourna se placer derrière la Tiefling, lui rendant son caillou au passage.

C'est le dos tourné qu'il lança " C'est con : t'aurais vendue la s'maine qu'te d'mandait la d'moiselle, t'aurais un joli bout d'caillasse dans ta poche. Si t'es sage, on t'fil'ra p't etre même une pièce en s'tirant !.. S'tu fait chier, prévois d'changer métier pa'ce que t'aura une réputation d'traine-la-mort d'faite avant midi d'main...". Son ton était des plus sérieux, presque menaçant.

Il se retourna pour observer la réaction de l'aubergiste, l’œil noir, attendant les clefs, la chambre et les soins nécessaires à son bras.

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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeMer 18 Jan - 1:48

Elle avait dit "on", très naturellement et sans s'en rendre compte, attachant temporairement sa destinée à ce manieur de pelle dont elle sentait qu'elle avait encore beaucoup à apprendre. Et la suite allait lui donner raison. Un mélange indescriptible d'exaspération et d'irritation se lisait en effet sur le visage du fossoyeur, qui ne tarda pas à s'emparer d'un geste bref de la pierre qui suscitait tant de troubles. La Tiefling espéra qu'il n'allait rien faire de trop brutal avec, comme la faire avaler à l'aubergiste. C'était plausible. Mais elle n'en avait pas beaucoup et aurait préféré qu'il se contente de petits galets trouvés dans la rue. Toutefois, le vieil homme sembla préférer lui coller sa pelle à la figure.

Myssili ne comprit pas tout de ce qui s'échangea à ce moment. L'aubergiste non plus, très probablement. Mais le pouvoir captivant de la pelle faisait son effet, et agissait tel un langage universel compréhensible par tout les peuples et toutes les ethnies. La jeune femme porta un regard songeur sur ses dagues. Elles lui étaient tellement inutiles ! Alors que si elle avait une pelle... Elle pourrait peut être négocier sur ces terres comme le faisait le fossoyeur, dont chaque nouvelle tirade blanchissait un peu plus le visage décomposé du tenancier. A vrai dire, ce-dernier commençait à regretter amèrement de n'avoir pas engagé cet homme de main qui s'était présenté chez lui quelques jours plus tôt... Des bras solides, voilà ce qui manquait à son affaire, qui n'était que trop fréquentée par des criminels mauvais payeurs comme cette écervelée et ce vieux fou qui le menaçaient là. Mais pour l'heure, l'homme s'écrasait sous la menace, et épongea son front dès qu'il eut une main libre pour ce faire. "Bien bien !" avait-il dit, "je peux peut-être faire un geste commercial pour ce soir". Jetant un regard noir sur les deux clients assis près du foyer, qui n'avaient pas daigné l'aider, il consentit à tendre une clé que des mains agiles attrapèrent aussitôt : celles de Myssili. Elle était très contente que ce dernier ait changé d'avis, même si elle avait cru percevoir l'ombre d'une menace dans son regard offusqué. Elle passa outre. Pour l'heure, elle sentait que Nialcen partageait sa fatigue du long voyage, et puis son armure de combattant devait être épuisante à porter. Il fallait aller dormir.

Gravissant les marches quatre à quatre, elle trouva la chambre dont le signe correspondait à l'inscription sur la clé : une sorte de rond avec une tige au dessus. Pénétrant dans la chambre numéro six après s'être assurée que le fossoyeur la suivait bien, la Tiefling parcouru les lieux d'un tour sur elle-même, constatant les différences avec son habitat natal. Il n'y avait pas de peaux bien épaisses par terre, mais des tapis tout secs, et deux petits lits maintenus un pied au dessus du sol par une structure en bois. Ils étaient répartis aux deux extrémités de la pièce, encadrant l'entrée. En face de cette dernière, il n'y avait qu'une fenêtre, avec en dessous de son rebord une petite bassine posée sur une vieille commode. Le sol craquait un peu quand elle marchait, comme sur un bateau. Mais sans le tangage, ce qui la rassura.

Myssili retira ses bottes, s'installant sur le lit à sa droite en tailleur, paumes sur les genoux, regard tourné vers Nialcen. Elle l'observait silencieusement, avec un air toujours sympathique qui contrastait franchement avec l'air éternellement grincheux de l'humain. Elle voulait lui poser des questions sur la manière de négocier avec les Hommes, ou la façon de se procurer un instrument comme le sien (une pelle, oui). Mais elle sentait que le vieil homme tenait à une certaine quantité de moments silencieux, et, pour l'heure, il fallait dire qu'il avait déjà beaucoup parlé.


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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeMer 18 Jan - 13:45

Les arguments de Nialcen avaient porté leurs fruits. L'aubergiste dégarni avec accepté de leur donner une clef, et rien n'était sortit de leur poche. Myssili s'était emparé de la clef, et se dirigeait vers les chambres. Le vieux fossoyeur s'ensuivi, pour arriver à la porte de la pièce. Il pu observer la Tiefling s'installer en tailleur sur son lit, puis les rôles s'inversèrent. La jeune demoiselle semblait presque l'étudier, mais son mutisme dénoter au moins d'un bon sens de l'observation.

Nialcen se dirigea vers la commode et jeta nonchalamment la cuvette sur le lit qui serait le sien du fait du choix de Myssili. Puis il tira le meuble pour le placer face à son lit, de sorte que les lits et ce dernier forment un "H". Il se retourna vers la cuvette, qu'il posa à l'envers, face à la table improvisée.
Il ôta son manteau ainsi que son pull, se révélant en maillot de corps, sans manche. Il ne se souciait plus de la jeune femme et agissait comme il l'aurait fait en étant seul. Il fouilla dans sa poche, et en sortit un petite trousse tubulaire de cuir noir. Il la déroula sur la table, révélant les instruments parfaitement entretenu qu'elle contenait. Il se saisi d'une petite brosse métallique, et se fit la réflexion qu'il allait lui falloir changer ou faire réparer la majeurs parti d'entre eux. Il s'en servait depuis longtemps pour entretenir les partis mécaniques de son être, et ils commençaient à se voir sérieusement usagés.

Qu'importe donc s'il les abimé dans l'exercice qu'il s'apprêtait à mener, il s'en procurerait d'autres d'ici le prochain entretien. Il se saisi de l'oreiller de son lit, le plaça sur la commode et s'assit sur la cuvette. Sur ce rehausseur de fortune, il était en mesure de se tenir assit comme à une table, les jambes de part et d'autre du meuble. Il posa son coude mécanique sur le coussin, s'aidant de sa main droite pour replier de force son bras gauche au maximum. Le mécanisme racla et grinça, et la grimace de Nialcen était bien en deçà de la douleur qui le lançait.

Les rouages s'étaient oxydé comme rarement dans sa vie depuis son "accident". L'avantage du vert-de-gris qui couvrait les engrenages, c'est qu’il protégeait bien le métal lui même de l'humidité et de la corrosion. L'inconvénient d'une telle couche, c'est qu'il générait une friction très importante, rendant les mouvements difficiles et douloureux.

Nialcen commença donc à décaper et à gratter la couche gris-vert, qui tombait en poudre, jusqu'à révéler le brillant du métal. Le laiton aux reflets doré réapparaissait, petit à petit. Nialcen répétait des gestes qu'il avait réalisé maintes fois, appuyant cependant plus ses gestes, et prolongeant la durée de son nettoyage. Il faisait crissait ses outils sur métal, lorsqu'il s'aperçut que des années durant, il n'avait fait que cela : répéter des gestes appris, sans chercher plus avant à les comprendre.

Il continua alors son activité en analysant le fonctionnement de la pièce qu'il frottait ou ré-axé, ainsi qu'en essayant de comprendre son rôle au sein de l'engrenage. Il n'était guère évident de saisir le fonctionnement de chaque morceau de métal, mais petit à petit le schéma global de son articulation s'éclaircirait. Il était loin d'appréhender tout cela, mais désormais il s'efforcerait à chaque fois de mieux comprendre comment marchait son articulation artificielle.

Pendant tout ce temps, il n'avait prêté aucune attention à Myssili. Comme ils allaient devoir se supporter un certain temps vu la tournure des évènements, autant apprendre à la connaitre : il n'aimait pas l'idée de partager cet espace exigüe avec une parfaite inconnue. Une inconnue rapide et armée qui plus est. Mieux valait être méfiant que mort, avec plusieurs pouces de métal entre les omoplates pendant la nuit. C'est donc avec cette intention qu'il choisit d'entamer le dialogue.

" D'où qu'tu v... " Commença-t-il, avant de se faire la remarque qu'elle semblait difficilement le comprendre, lorsqu'il s'exprimait ordinairement. Que se soit parce qu'elle était simplette ou juste parce qu'elle ne parlait pas bien la langue, la jeune fille ne saisissait visiblement pas tout le sens de son rustre parlé. Il poussa un soupir d'agacement, puis repris sa phrase.

" D'où viens-tu Myssili ? Et qu'est c'qui t'amène dans cette ville ? " Il avait prononcé ces mots plus lentement qu'à l'accoutumé, sans même regarder la Tiefling, ni s’arrêter. Même s'il lui en coutait de fournir un certain effort de langage, ma foi, c'était le prix à payer pour savoir avec qui il partageait une chambre.

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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeMer 18 Jan - 20:10

Myssili regardait le vieil homme s'activer, le voyant chambarder toute la chambre pour se faire un plan de travail proche de son lit -celui d'à gauche, par défaut. L'homme ôta son surplus de vêtements, son armure apparaissant alors au grand jour. Elle était très partielle et tenait très proche du corps, de telle sorte qu'on aurait presque cru qu'elle faisait partie intégrante de son être. Quand Nialcen posa son coude sur la table, la Tiefling crut qu'il voulait qu'ils s'entrainent au bras de fer, et faillit se lever pour participer. Il n'en fut néanmoins rien et le fossoyeur se contenta de s'étirer le bras gauche, celui armé, des rides de douleur déformant son faciès à mesure qu'il s'exécutait. Myssili resta silencieuse. A bien y regarder, il lui semblait plus difficile de discerner ce qui était du métal, et ce qui était sa chaire...

Comme l'humain prenait soin de son étrange mécanique, la jeune femme prit la résolution d'occuper elle aussi son temps en entretien, sortant les deux dagues de leur fourreau. Observant très minutieusement leur tranchant comme le vieil homme ses écrous, elle prit parti de sortir une petite pierre à aiguiser qu'elle humidifia avec le fond de sa gourde, laissant l'eau s'y imprégner une dizaine de minutes. Son compère à l'autre bout du H de la chambre affûtait déjà son métal, dont la surface semblait avoir bien souffert du voyage en mer. Myssili l'imita dès que la pierre fut en état pour, passant sur le fil des dagues d'un angle approximatif qui devait globalement correspondre à ce qui était nécessaire. En fait, le maître d'arme s'était toujours gardé de révéler ses secrets sur l'entretien de ses lames, privilège uniquement réservé à ses apprentis les plus proches... Ce qu'elle n'avait pas assez longtemps été.

Elle songeait à cela quand Nialcen rompit soudain le silence. Il entama une phrase, s'arrêta, et la recommença d'une telle façon que son interlocutrice crut qu'elle avait fait des progrès pour comprendre l'accent local. Mais c'était juste qu'il avait davantage articulé, ce que elle devait faire naturellement pour que des sonorités un peu étrangères ne transparaissent pas dans son langage. Mais étant donné la question qui lui était posée, elle se doutait que quelque chose dans son physique trahissait peut être ses origines (la peau orange et les yeux rouges, au hasard). Elle interrompit son activité, et réfléchit :

- Je viens d'une île assez isolée, je ne saurais pas trop la situer. Et elle n'allait pas se risquer à donner un plan menant droit vers sa communauté de réfugiés. Je voulais venir ici car j'avais entendu dire qu'on pouvait y mener une vie tout à fait effacée, et vivre son aventure à l'abri de la marine. J'ai besoin de voir des choses hors du commun avant de m'écraser sous le poids de l'ennui et des années, chez moi.

On l'avait mise de nombreuses fois en garde contre les pirates, ces hommes de peu de foi qui ne croyaient en rien, et vivaient au jour le jour de leur butin. Mais chaque nouveau qualificatif avait fait pétiller dans ses yeux l'envie de sauter sur le premier navire venu et s'en aller très loin, même si son attachement pour ses proches l'en avait toujours empêché. Elle stoppa ses pensées à ce stade, et préféra se concentrer sur un morceau de pain noir et une tranche de viande salée, derniers restes de son lot de subsistance pour le voyage. Elle trancha naturellement le tout en deux, le partage du repas étant dans les us et coutumes de son clan. Elle déposa la moitié à Nialcen sur le rebord libre de la commode, et en profita pour regarder de plus près son bras :

- Et toi tu viens de loin ? Tu es venu ici pour réparer ton armure ? Elle est un peu endommagée...

... Et rentrait un peu dans son bras. Mais ça, elle ne savait pas si elle devait aussi le dire. Elle préféra donc déchirer des dents un bout de son repas, calmant à la fois sa faim et un trop grand appétit de questions.

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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeJeu 19 Jan - 0:02

Nialcen continuait de gratter, racler et souffler sur le mécanisme qui composait son articulation, n'attendant qu'à demi la réponse de sa "colocataire".
Un morceau d'engrenage se trouvait être difficile d'accès. Il s’évertuait à en retirer le surplus d'oxyde à l'aide d'une tige métallique pointue, maugréant dans sa barbe contre l'humidité salée des cales de bateau, le laiton, les outils et le reste du monde.

Lorsque Myssili répondit, il l'écouta tout en redressant légèrement un tuyau de cuivre à l'aide d'une petite pince.

* La marine, hein ..? * nota-t-il mentalement alors que la jeune femme lui dévoilait les raisons de son voyage.
" Pourquoi 'loin de la marine', hmm ? T'aurais des raisons d'les craindre des fois ? "... voilà la question qu'il avait été sur le point de poser, mais Myssili poursuivait son explication. Tout concentré qu'il était sur le nettoyage de son coude, il ne se fendit pas de lui couper la parole.

Lorsque la demoiselle reprit, c'était pour poser des question à son tour. Si la première ne lui inspirait guère de réponses envolées et lyriques, la seconde quant à elle généra un désarrois bien rare chez le fossoyeur.

Nialcen se figeât dans son entretient, avec une expression de ce qui devait se traduire chez lui par une intense surprise, mêlée de la plus totale incompréhension.
Une armure ? Cette demoiselle apparaissait de plus en plus à coté de ses chausses aux yeux de Nialcen.
N'avait elle jamais vu un coude de sa vie ? Pas même les siens ?! Comment était-il de ne pas s’apercevoir que le métal remplaçait une bonne partie de ses chaires ?

Nialcen reposa l'outil qu'il tenait à la main, et se passa cette dernière sur le visage : mais d'où pouvait bien sortir un ahurie pareille ? Il plaça sa main sur son genou, et releva les yeux vers son interlocutrice. Un air incrédule flottait sur le visage du vieil homme.

" S'tu t'fo... Hrmm... Si tu te paie ma tête, chapeau, t'as beaucoup d'aplomb pour pas éclater de rire à ta propre blague... Le problème c'est que j'pense pas que tu étais en train d'plaisanter : j'connais pas franchement les Tieflings, mais à ce que je vois t'as deux yeux et deux coudes ! " lança le fossoyeur d'un ton mi-abattu mi-grinçant, alors qu'il se penchait en avant.

Il se saisi du poignet droit de jeune femme et le plaqua sur la comode, lui faisant étendre le bras au passage. Il déplia le bras gauche, qui grinça au passage, et le posa parallèlement à celui de Myssili. Il relâcha sa prise, s'appuyant de son coude valide sur le bord de ce qui devenait un table d'examen. Il observait le visage de la demoiselle, et lui lâcha :

" Là, t'y vois mieux ou pas ? ", sur un ton que l'on aurait pu qualifier de défit.

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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeVen 20 Jan - 16:39

Le visage du vieil homme s'était décomposé, à tel point que Myssili se demandait s'il n'allait pas tomber par-terre. Dans le but certain de le maintenir sur sa tête, Nialcen passa sa main dessus, consterné, muet. La Tiefling avait interrompu son repas suite au visible malaise que sa question avait suscité, et fronçait les sourcils sous l'incompréhension. Elle écoutait ainsi les paroles très mesurées de son interlocuteur, dont le teneur ne la rassura à vrai dire pas davantage. Il avait tout de suite comprit de quelle race elle tenait, preuve que l’ambiguïté sur laquelle elle comptait jouer n'était pas plus épaisse qu'un mince filet de fumée. Il faudrait qu'elle se cache beaucoup plus à l'avenir si elle voulait masquer cette part de son identité, même si le danger n'était présentement pas bien grand. Il n'y avait pas d'anges ici. Enfin, on lui avait dit que non.

Elle fut surprise quand l'humain attrapa son poignet avec hargne, plaquant son bras sur la table. Elle manqua de faire quelque chose de stupide en croyant qu'il voulait cette fois-ci vraiment l'attaquer, mais se retint dès que son regard chuta sur la partie métallique du vieil homme. Plus elle le voyait de près, plus l'impossible semblait réel, terriblement palpable. Elle leva son regard vers lui, il était très sérieux. Elle le rabaissa, interdite, et fit bouger les articulations de ses propres doigts. Elle constata des grincements étranges quand c'étaient ceux de Nialcen qui s’exécutaient, et commença à remettre en doute son humanité. Et si c'était sa chaire, qui n'était qu'artifice ?
Résolue à ôter ce doute -sinon cette peur- de son esprit, elle toucha son autre bras du bout du doigt. C'était mou, du moins, plus que l'autre ! Celui là semblait bien normal. Elle contempla sans se montrer trop investigatrice la frontière qui séparait son humanité de sa mécanique, trouvant dans la jonction de ces deux entités un fait que ses connaissances ne lui avaient jamais permis d'appréhender. De la mécanique... La seule chose que son clan en connaissait, c'était les navires à vapeur qui les avaient autrefois terrifiés sur les mers. La Tiefling avait avoué tantôt souhaiter découvrir des choses hors du commun : eh bien, c'était fait.

- Je vois... Je vois mieux oui. Je ne savais pas, on ne m'avait jamais dit que... J''ai...
On peut se battre avec ?


Si le début de sa phrase semblait dérouté, gêné ou inintelligible, la suite démontra clairement que Myssili n'avait pas perdu le nord. Sans faire montre d'une excitation frivole, ou juste un peu alors, elle présenta son bras au fossoyeur avec la même lueur défiante que celle qu'il lui avait adressé tantôt. C'était une très bonne occasion pour découvrir la teneur de ces machins inventées par les Hommes, et voir si toutes les malédictions que ses semblables leur octroyaient ne tenait pas simplement du mythe et de la légende... Ce soir-là, elle n'avait pas peur.

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MessageSujet: Re: Le marchand de sable n'aime pas les pierres   Le marchand de sable n'aime pas les pierres Icon_minitimeVen 20 Jan - 20:09

Lorsque le fossoyeur lui eut mit sous le nez leurs articulation respectives, Myssili si intéressa de près. Visiblement, elle était aussi désemparée que curieuse face à la mécanique. Il ne lui fallu cependant pas longtemps à reprendre le fil de sa penser.

Nialcen commençait à passer de la lassitude agacée à l'exaspération. Il n'était guère pédagogue, et n'avait pas la prétention de l'être. Il ignora le geste de sa colocataire, et planta ses yeux dans les siens.
[color=orange]" Se battre avec hein ? T'as pas pigé qu'ça a rien de spéciale ? Mon coude, il à fini en bouillie, broyé, éclaté !! Du coup un taré qui voulait troquer son scalpel contre un tournevis s'est amusé à reconstruire l’tout ! " lâcha-t-il d'un ton claquant.

" C'est pas par plaisir ou par choix que j'me traine c'te chiure au bras ! Si j'dois m'casser l'derche à nettoyer c'te merde c'est qu'ça m'permet d'bouger l'bras ! Rien d'autre !! " ajouta-t-il en se levant du lit, excédé de la situation laborieuse que lui imposé son bras, comme par l'incompréhension manifeste de la jeune Tiefling. Il se rendit compte que sa diatribe n'avait surement pu être comprise de Myssili, et c'est d'un ton grinçant qu'il reprit :

[color=orange]" Ce truc, là, me permet d'avoir un bras qui marche à peu près normalement... Y'a rien d'autre. Rien vient compenser les emmerdements que génère ce tas d'rouages. Hors mit le fait d'avoir mes deux bras ! " Il avait terminé sa phrase en se rasseyant dos au mur sur le lit, et fit sauter la bassine d'un coup de talon. Il s'allongea sur le lit.

" Demain j'vais aller chercher qui dirige c'te ville, et prendre mes quartiers, enfin, j'espère. " il avait ajouté cela autant pour lui même que pour Myssili. Mine de rien, sa vie au cimetière lui manquait, bien que la ville autorisait une vie bien plus interessante ici que sur son îlot de départ.
" Au cas ou t'aurais pas pigé ça non plus, j'suis fossoyeur de métier : j'enterre les mort. C'est pas un métier reluisant qu'certain disent... Mais il a plus d'bons cotés que d'mauvais... Ecoute, j'suis pas un gars patient, ni un gars bavard. Je sors d'un voyage à fond d'cale, j'ai un coude en berne, et j'tombe sur toi. J'ai rien cont'e toi, mais essaye d'comprendre : j'ai l'impression de causer a un arbre... J'sais pas d'où tu sors, ni qui t'es et j'men fout. Mais j’aime pas m'expliquer. J'aime pas causer. J'vais pas t'faire l'inventaire complet : j'aime qu'on m'foute la paix. " Il avait dit ça d'un ton plus doux, emprunt de lassitude et de fatigue. Il se tourna, face coté mur.

" Comme j'te l'ai dit, j'ai rien cont'e toi où les tiens, j'aime pas les gents, c'est tout. Les vivants, quand ça m'écœure pas ça m'énerve. J'aime pas parler pour rien. T'as pas l'air à la masse, mais t'es tellement paumé qu'un cul-de-jatte au bal du gouverneur aurait l'air plus a sa place... Et ça me gave de d'voir te mettre les choses sous le nez pour que tu piges ce qu'un gamin de dix ans aurait d'jà assimilé. " L’évocation de l'incapacité de Myssili a comprendre tout cela faisait remonter son ton.

" Alors demain, j'vais en ville, et je vais trouver le cimetière. Tu fera bien ce que tu veux, à vrai dire je m'en fout. Si tu t'mets en tête de m'suivre, je m'en balance tout autant, mais fait gaffe : j'supporterait pas longtemps de d'voir te prendre par les cormes pour t'expliquer comment faut vivre. "

Il avait dit ces mots sans délicatesse, qu'importe qu'elle le prenne bien ou mal. Si elle décidé de s'en prendre à lui, sa pelle saurait lui répondre.

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